
À RETENIR
Les 20 films étudiés proposent une belle diversité de lieux, de territoires et de personnages, sans prédominance d'un groupe social particulier.
Les 3 films d'animation - Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau, La plus précieuse des marchandises, Sauvages - se distinguent des autres par leur traitement frontal des sujets écologiques (pour 2 d'entre eux) et par leur représentation de la biodiversité (décors de nature sauvage, richesse de la faune).
Si de nombreuses thématiques sociales sont traitées (transidentité, immigration, fermetures d'usine, maladie, oppression politique…), les sujets environnementaux ne sont jamais explicitement mentionnés, en dehors des deux films d'animation déjà cités. Quand elle existe, la relation au vivant s'incarne dans des liens avec des animaux domestiques ou d'élevage.
Les modes de vie des personnages sont cohérents avec leurs territoires de vie et leur catégorie socio-démographiques : la voiture individuelle demeure le mode de mobilité incontournable, le smartphone est massivement utilisé, l'alimentation plus volontiers carnée.
Autour de ces usages moyens, on trouve en proportion équivalente des modes de vie incompatibles avec la transition écologique (logements surdimensionnés, jets privés, consommation de biens matériels) et des modes de vie plutôt sobres, souvent involontairement (personnages précaires, récits historiques).

Les films nommés se situent majoritairement dans notre présent, et seuls 3 films sont véritablement historiques - Le Comte de Monte-Cristo, La Zone d’intérêt, La plus précieuse des marchandises.
Leur traitement est globalement réaliste. The Substance, Flow et Le Comte de Monte-Cristo se distinguent par leur caractère plus fantastique.

Les César représentent une importante variété de types de territoires. Loin de l’image d’une production centrée sur les grands centres urbains, voir parisiano-centrée, les nommés représentent aussi bien des paysages ruraux peu densément peuplés - Vingt Dieu, Borgo, Miséricordes, Le royaume, Un p’tit truc en plus - des littoraux - Le Conte de Monte-Cristo, L’amour ouf, Borgo - ou une nature plus sauvage, voire dépourvue d'humains - Flow, La plus précieuse des marchandises et Sauvages. À noter que cette dernière catégorie est exclusivement composée de films d’animation, un format qui offre une totale liberté dans le choix de l'arène.
Les zones urbaines ne prennent pas toutes le même visage non plus : de grandes villes comme le Manhattan de The Apprentice, Las Vegas dans Anora, Paris pour L’histoire de Souleymane, Teheran pour Les graines du figuier sauvage ou Los Angeles dans The Substance. L'amour ouf et En fanfare dépeignent les territoires industriels du nord de la France, tandis que des films comme Diamant Brut ou Borgo se déroulent, entre autre, dans des villes moyennes (Fréjus, Ajaccio). On croise également des territoires comme le désert mexicain ou iranien, des propriétés privées qui servent de lieu à l'action, ou des territoires inclassables comme le camp de concentration d'Auschwitz, dans les environs de Cracovie.
On notera que si les récits se déroulent dans beaucoup de pays différents, les personnages se déplacent peu dans un même film. Emilia Pérez concentre à lui seul 4 des déplacements internationaux recensés, complétés par 2 déplacements dans Les fantômes et un dans La plus précieuse des marchandises. Quelques déplacements domestiques sont recensés : des traversées Corse - continent, des aller-retours entre Meudon et le Nord, un Paris-Strasbourg, et des aller-retours New-York - Las Vegas.

Les personnages identifiés comme principaux - ils sont parfois 2 par film - sont à parité entre hommes et femmes. La moitié des personnages a entre 20 et 40 ans, un seul personnage principal a plus de 50 ans - le personnage féminin incarné par Demi Moore dans The Substance, un film dont l'âge des femmes est le sujet principal. Une femme transgenre est représentée dans Emilia Pérez, brièvement avant sa transition de genre et majoritairement après. Elle est incarnée par une actrice elle-même transgenre, Karla Sofía Gascón.
Parmi les personnages secondaires, on recense 10 personnes porteuses de handicap visibles de plusieurs natures dans Un p’tit truc en plus et 1 porteur de trisomie 21 dans En fanfare.
70% des personnages sont identifiées comme blancs.
À noter enfin, Flow est le seul film à ne pas montrer de personnage humain et à ne mettre en scène que des animaux, qui plus est dont les comportements ne sont pas anthropomorphes. Sauvages a également un personnage secondaire Orang-Outan qui accompagne les deux personnages principaux.

La sociologie des personnages reste aussi relativement diverse, malgré un habituel tropisme sur les personnages riches voire très riches et qui représentent un peu moins de 30% du pool, bien loin des réalités statistiques. Cette catégorie est d’ailleurs plus volontiers issue des États-Unis ou localisée aux États-Unis (The Apprentice, Anora, The Substance…). On y rencontre les métiers évidents des classes aisées : chefs d’entreprises (Donald Trump dans The Apprentice), professions de la culture et des médias (chef d’orchestre dans En fanfare, animatrice TV dans The Substance). On y retrouve aussi les activités criminelles lucratives comme le narcotrafic (Emilia Pérez). Leurs habitations sont faites de grands appartements et de villas luxueuses.
Les classes moyennes et populaires représentent un peu moins de la moitié des personnages. Les premières habitent plus souvent des maisons pavillonnaires alors qu’on retrouve les second dans des banlieues ouvrières ou des HLM.
Plusieurs personnages précaires sont représentés, à l'instar de Souleymane, le liveur à vélo de L'histoire de Souleymane, qui vit dans un foyer social en attendant l'obtention de papiers français, Totone, le jeune producteur agricole de Vingt Dieux qui vit dans la ferme laissée par son père, ou les bûcherons de La plus précieuse des marchandises.
Nous avons également identifié une catégorie de personnages que nous qualifions de “sobres volontaires”, soit des personnes qui ont fait le choix d’une vie sobre, au contact de la nature, avec peut-être un engagement écologique fort. Ce sont les personnages de Sauvages qui entrent dans cette catégorie.
Le personnage de Hamid dans Les fantômes a été catégorisé parmi les classes populaires et non précaires. Bien que réfugié politique, vivant dans un refuge, celui-ci fait partie d’une organisation et voit certaines de ses dépenses couvertes.
À noter que les activités criminelles (braqueurs, narcotrafiquants…) se retrouvent dans presque toutes les catégories, des classes populaires au plus riches, et qu'il n'y a pas de corrélation entre le milieu social et l'origine ethnique des personnages.
Pourquoi la question du logement est-elle importante ?
D’après le Shift Project, la décarbonation du secteur du logement passera entre autres par la redynamisation des territoires ruraux, pour diminuer la quantité de logements vacants, la réorientation vers le logement collectif et la rénovation énergétique.
Le logement représente aujourd’hui 11 à 12% des émissions de GES en France et la construction de logements neufs est responsable de la moitié de l’artificialisation des sols chaque année.
Pourquoi la question de l'emploi est-elle importante ?
Le Shift Project plébiscite l’emploi comme l’un des moteurs essentiels de la transition bas carbone. La production agricole et l’artisanat commercial figurent en tête des secteurs que le Plan de Tansformation de l’Économie Française invite à renforcer, devant les industries du rail, du vélo ou de la rénovation.
Les secteurs automobile, de la construction et du transport aérien, à l’inverse, doivent décroitre, tandis que les secteurs de la santé, de la culture ou de l’enseignement restent sur leur trajectoire actuelle.
(sources: le Shift Project)

Les enjeux environnementaux sont les grands absents de cette liste des nommés. Seuls Sauvages et Flow évoquent directement le monde naturel et sa destruction.
Les animaux de Flow évoluent sur une planète climatiquement instable dont les humains semblent avoir disparu. Les personnages de Sauvages luttent contre la déforestation de la forêt tropicale dans laquelle ils vivent.
Le media Imagine5, ayant fait un constant similaire sur les nommés aux Oscar, suggère d'ailleurs que l'animation est le genre qui évoque le plus fréquemment la crise climatique à l'écran.
Les autres personnages sont confrontés à de nombreuses problématiques sociales et sociétales, mais ne subissent jamais de conséquences directes de la crise écologique, ni n'expriment quoi que ce soit en lien avec elle.

En matière de mobilité, la voiture individuelle reste reine. 100% des films montrent des déplacements en voiture (du moins ceux avec des humains et qui se déroulent à une époque où la voiture existait). Assez logiquement, la mobilité motorisée apparaît dans les territoires ruraux où elle est indispensable, et jusqu’au fond de la jungle de Bornéo - où elle est l'apanage des antagonistes qui souhaitent détruire la forêt. Mais la voiture est également bien présente dans les zones densément peuplées et urbaines.
Sur les 16 films représentant une forme des mobilités courtes-distances contemporaines, le vélo n’apparaît que dans l’un d’entre eux, et dans des conditions socialement dramatiques. Les personnages les plus jeunes apprécient également les deux-roues - Vingt Dieux, Diamant Brut. On observe aussi plusieurs véhicules techniques liés aux territoires industriels ou ruraux (notamment les tracteurs de Vingt Dieux).
Les transports en commun sont utilisés par ceux qui ne peuvent pas se déplacer autrement (Ramassage scolaire dans L'Amour Ouf, transport de groupe dans Un p’tit truc en plus, et RATP ou bus social dans L’histoire de Souleymane).
Pour les trajets longues distances, les personnages les plus aisés privilégient l’usage de jet privés et de chauffeurs privés. L’avion commercial est peu représenté - Anora, Emilia Pérez - même si l’aéroport d’Ajaccio fait l’objet de l’intrigue dans Borgo. Par ailleurs, certains personnages sont connus pour se déplacer beaucoup sans que ce soit montré à l’écran - En fanfare.
À noter que La plus précieuse des marchandises a été exclu de l'analyse pour son caractère historique, mais le film est rythmé par le passage régulier dans la forêt polonaise d'un train dont on ne peut que déplorer l'existence abjecte.

Si elle peut servir d'élément de décor, particulièrement dans les films "d'époque" où elle sert de marqueur temporel, la voiture joue aussi son propre rôle.
Comme dans la vraie vie, elle est très accidentogène : elle est responsable de 6 accidents à l’écran dont 4 mortels (3190 personnes tuées sur le réseau routier français en 2024), et d’une mise en cellule de dégrisement.
Elle peut servir de lieu privilégié pour des conversations, à plusieurs ou avec soi-même, un procédé très employé dans Borgo ou Les graines du figuier sauvage. Elle est parfois employé comme élément graphique pour matérialiser la violence - voitures sous le coup des attaques pendant les émeutes dans Les graines du figuier sauvage, ou scènes de tirs dans L'amour ouf.
Certains personnages sont également dépendants de la mobilité carbonée, compte tenu de leur classe sociale et / ou de leur lieu de vie. C’est notamment le cas des personnages de Vingt Dieux où la voiture tient une place particulièrement importante, en pratique comme dans les imaginaires.
Il n'est pas rare enfin que la marque de la voiture soit saillante dans la manière dont elle est filmée, suggérant d'éventuels placements de produit.
Pourquoi la question de la mobilité est-elle importante ?
Les français parcourent chaque année 10 000 km en mobilité quotidienne et 8 500 km en mobilité longue.
La voiture reste hégémonique dans les deux cas (83% des distances quotidiennes, 85% des distances longues en partage avec l’avion). Le vélo représente moins de 1% des distances parcourues.
Avec 23% des émissions nationales de GES, la décarbonation de la mobilité via le report vers des mobilités alternatives est un enjeu essentiel. D’après France Nation Verte, transformer les mobilités quotidiennes permettrait d’éviter 28 millions de TeCO2 à horizon 2030.
(sources : PTEF, le Shift Project ; France Nation Verte)
-> Pour les mobilités longues-distances : Voyager bas carbone » : le Shift publie son nouveau rapport sur la décarbonation de la mobilité longue distance

Parmi les outils numériques, le triptyque smartphone, ordinateur, TV est systématiquement observé dans les films dont l’époque ou le concept s’y prêtent.
Le smartphone est omniprésent, jusque dans la forêt primaire, et ses usages sont multiples : communication par message, par visio, par appel, outil de travail, vecteur de lien social ou de mobilisation, lampe de poche, appareil photo ou encore réveil.
Les ordinateurs servent plus régulièrement le contexte professionnel - enquête policière, interface entre deux personnages lors d'un rendez-vous médical ou administratif.
Enfin la télévision, parce qu'elle induit un comportement passif est moins mise en scène directement. Quand elle l'est, c'est souvent pour montrer les personnages dans l'intimité de leur logement sans qu'ils aient d'activité particulière (Totone dans Vingt Dieux ou le couple dans Les graines du figuier sauvage). À noter que dans The Substance elle joue un rôle central dans la réflexion du film sur notre rapport à l’image et à notre propre image.
En dehors de ces 3 technologies numériques, les personnages baignent dans un environnement technologiquement sobre et ne sont jamais vus faire l'usage de technologies émergentes ou futuristes (réalité virtuelle, Intelligence Artificielle, robotique...).
Pourquoi la question du numérique est-elle importante ?
D’après Le Shift Project, à horizon 2030, 20% de la consommation d'électricité mondiale servira au fonctionnement des NTIC.

La représentation explicite des pratiques alimentaires varie beaucoup d'un film à l'autre. Dans Les graines du figuier sauvage, les repas en famille sont des moments centraux et l'on se retrouve volontiers autour de la cuisine. Dans The Substance, les aliments sont très souvent montrés comme métaphore du rapport au corps. L'alimentation joue un rôle-clé dans L'histoire de Souleymane, même si la nature des plats livrés par Souleymane est très peu montrée. Dans la plupart des films, l'alimentation n'est jamais montrée de manière explicite ou saillante.
Lorsqu'elle est explicitement montrée, elle est plus volontiers carnée que végétale, très souvent accompagnée d'alcool - souvent dans un contexte festif - et relativement souvent maison - dans Un p'tit truc en plus, la cuisine maison est présentée comme un moment joyeux et mise en regard de l'alimentation en conserve présentée comme gustativement mauvaise.
Lorsque la nourriture est gaspillée, c'est pour des raisons variées qui servent un propos : restes de cuisine collective qui ne peuvent pas être légalement conservés, excès du personnage, livraison à domicile refusée.

Dans le monde réel, la disparition brutale de la biodiversité est incontestable : 68% des populations de vertébrés ont disparu en 50 ans, 40% des insectes sont en déclin, 41% des amphibiens et 27% des crustacés sont en danger d'extinction (sources Office Français de la Biodiversité).
Ce déclin s'observe également à l'écran : la majorité des personnages n'ont aucune occasion d'interagir avec la faune, pas même domestique.
Lorsqu'elle est représentée, la faune s'incarne dans des animaux domestiques ou d'élevage, avec qui le lien est utilitaire mais souvent affectueux (comme dans la scène de velage de Vingt Dieux).
Les 3 films d'animation se distinguent à nouveau par la quantité et la diversité de la faune représentée : animaux de la forêt dans La plus précieuse des marchandises, de la jungle dans Sauvages, de natures très diverses dans Flow - on dénombre notamment un capybara, une espèce rarement montrée à l'écran. Ces représentations pèsent dans la perception que peut avoir le grand public, peuvent contribuer à la connaissance des espèces et au désir de les protéger et à ralentir les phénomènes d'amnésie environnementale.

